Le rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié le 11 août jette un froid sur l’avenir des jeunes actifs. L’organisation alerte sur une possible crise de l’emploi liée à la montée de l’intelligence artificielle. Certains métiers, pourtant accessibles en début de carrière, sont déjà en recul.
L’IA, un accélérateur de crise pour l’emploi des jeunes
Lucas, 24 ans, a obtenu un BTS en administration en juin dernier. Il envoie des candidatures chaque semaine, sans succès. Son profil correspond pourtant aux postes visés : gestion, accueil, suivi de dossiers. Mais les offres se raréfient.
L’OIT a analysé le phénomène. Dans son rapport, elle estime que 6,1 % des emplois occupés par les 15-29 ans sont fortement exposés aux transformations liées à l’intelligence artificielle. Autrement dit, ces postes pourraient évoluer, disparaître ou être profondément modifiés.
Un constat partagé par l’OIT
L’organisation ne parle pas d’une fatalité, mais d’un scénario crédible. Si 10 % de ces emplois venaient à disparaître, 5,6 millions de jeunes pourraient se retrouver au chômage, devoir changer de métier ou quitter le marché du travail. Les pays à revenu élevé seraient les plus exposés.
Les métiers visés ne sont pas uniquement manuels. L’administration, les services, la vente, l’industrie et certaines professions techniques sont concernés. Ce sont souvent les premiers postes occupés par des jeunes diplômés.
Automatisation : quels emplois sont menacés ?
Le terme automatisation recouvre des réalités différentes. Certaines tâches répétitives sont déjà prises en charge par des logiciels. D’autres le seront bientôt grâce à des outils plus intelligents. Les emplois de qualification intermédiaire se trouvent au cœur de la tempête.
- ⚠️ Administration : gestion des plannings, standard, suivi des dossiers
- 🏢 Services : accueil, aide administrative, téléconseil
- 🛒 Vente : caisses automatisées, gestion des stocks en ligne
- 🏭 Industrie : contrôle qualité, maintenance de base
- 🔧 Professions techniques : assistance, saisie de données
Les jeunes sont d’autant plus vulnérables qu’ils occupent ces postes en début de parcours. Leur expérience est limitée, leur ancienneté faible. Face à une machine plus rapide, ils peinent à justifier leur valeur ajoutée.
Les pays riches en première ligne
L’OIT précise que les économies avancées sont les plus concernées. Les outils d’IA y sont plus répandus. Les entreprises investissent dans ces technologies pour réduire leurs coûts. Résultat : les offres d’entrée de gamme diminuent.
Les jeunes français le ressentent directement. Au deuxième trimestre 2026, le chômage des jeunes atteint 21,6 % en France, soit une hausse de 2,5 points sur un an. Cette dégradation rapide surprend les observateurs.
Chômage des jeunes : des chiffres records
Le phénomène dépasse les frontières françaises. En 2025, 67 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage dans le monde, selon l’OIT. Cela représente un taux de 12,4 %, contre 12,3 % l’année précédente.
Le nombre de jeunes sans emploi, sans études ni formation ne cesse d’augmenter. Ils sont plus de 257 millions, soit 20 % des jeunes sur la planète. Un chiffre massif qui interroge sur l’efficacité des politiques publiques.
L’IA n’est pas la seule responsable de cette situation. Le ralentissement de la croissance économique pèse lourd. Les créations d’emplois ne suffisent pas à absorber l’arrivée des nouveaux diplômés. Les tensions géopolitiques ajoutent une couche d’incertitude.
Une génération prisonnière de l’instant ?
Lucas se reconnaît dans ce constat. Il a postulé dans plusieurs entreprises de sa région, sans réussite. « On me dit que mon profil est bon, mais les postes sont gelés », confie-t-il. Les recruteurs attendent des compétences qu’il ne possède pas encore.
La question n’est pas de savoir si les jeunes seront remplacés par des machines. Elle est de savoir comment les préparer à travailler avec elles. L’insertion professionnelle passe désormais par une adaptation rapide aux outils numériques.
La crise de l’emploi ne peut pas être réduite à l’IA
L’OIT insiste : pointer l’intelligence artificielle du doigt serait une erreur. La technologie amplifie des fragilités déjà bien présentes. La croissance molle, les délocalisations et les conflits commerciaux fragilisent le marché du travail depuis plusieurs années.
Le rapport évoque une « nouvelle crise de l’emploi des jeunes ». Cette expression forte traduit une inquiétude réelle. Mais elle ouvre aussi une réflexion sur les solutions à mettre en place.
Un contexte mondial fragile
Chaque vague technologique a suscité son lot de craintes. La machine à vapeur, l’électricité, l’informatique : à chaque fois, les métiers ont évolué. Mais la vitesse de diffusion de l’IA est inédite. Les repères traditionnels s’effondrent en quelques années.
Les jeunes, eux, doivent s’adapter dans l’urgence. Les adultes qui les encadrent manquent parfois de visibilité. Les entreprises elles-mêmes découvrent les usages possibles de ces outils. Dans ce flou, la tentation est grande de tout miser sur l’IA, ou au contraire de la rejeter.
Formation professionnelle : comment inverser la tendance ?
Pour éviter la catastrophe annoncée, l’OIT plaide pour une refonte de la formation professionnelle. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à coder. Il faut aussi développer des compétences humaines que les machines ne possèdent pas : l’empathie, le jugement, la créativité.
Les établissements d’enseignement multiplient les expériences. Des modules sur l’IA sont proposés dès le lycée. Des stages en entreprise permettent d’observer les usages réels. Les mentors, comme ceux qui accompagnent Lucas, jouent un rôle clé dans cette transition.
Quelles compétences pour demain ?
Les recruteurs recherchent des profils hybrides, capables de comprendre la technique tout en gardant une vision humaine. Les jeunes qui intègrent cette réalité multiplient leurs chances. Les autres risquent de rester sur le carreau.
- 💻 Maîtrise des outils d’IA générative
- 🗣️ Communication et écoute active
- 🧠 Esprit critique face aux résultats des machines
- 🤝 Capacité à travailler en équipe mixte
- 🔎 Veille sur les évolutions du marché
Lucas a décidé de suivre une formation complémentaire en data analysis. Il espère ainsi décrocher un poste de chargé d’études. Son choix est pragmatique. Il ne nie pas la révolution en cours, il tente d’en faire un levier.
Les gouvernements, les entreprises et les écoles doivent agir ensemble. L’urgence est réelle, mais une réponse coordonnée peut limiter la casse. La balle est dans le camp des décideurs, et des jeunes eux-mêmes.

Arthur suit les parcours étudiants et l’accès au premier emploi. Il aime transformer les démarches complexes en choix concrets, utiles aux jeunes et à leurs familles.